L’étymologie du nom « Venasque » viendrait du celto-ligure, « Vindasca (VIème siècle) ou « Vendasca » (Xème siècle). « vind » le préfixe d’origine celte, signifie blanc et « asca », le suffixe ligure, signifie rocher donc rocher blanc, et par extension, qui se voit de loin. En effet, l’expression prend tout son sens puisque Venasque est visible de loin, notamment de Carpentras, dans la plaine.

Venasque a donné son nom au Comtat Venaissin. Cette dénomination dériverait de « Comitatus Vendascensis », Comité de Venasque, une alliance entre les habitants des villages du pays de Venasque contre les attaques extérieures. De Comité, on passa à Comté puis Comtat.

Le village de Venasque possède trois monuments classés Monuments Historiques :

  • Le baptistère (1840)
  • Les tours (1892)
  • L’église (1906)

Le Baptistère

Un des plus anciens édifices religieux de France

« L’histoire de Venasque et celle du baptistère sont fortement liées à l’histoire de la Provence et chaque grande période historique semble avoir marqué la configuration architecturale de ce dernier.

Il a été rendu en 1er lieu à l’Antiquité puis progressivement au Moyen-Age. » thèse E.Dupuis

Il est possible qu’un groupe épiscopal ait pu s’ancrer sur le rocher suite au déferlement des invasions barbares qui auraient incité les évêques de Carpentras à trouver refuge à Venasque du VIe au IXe siècle et repartir ensuite à Carpentras.

le baptistère est situé au nord de l’église Notre Dame, relié à celle-ci par une sorte de « couloir ». Non visible de l’extérieur, il sert de soubassement au presbytère qui date du XIIIème siècle.

Son plan est en forme de croix grecque, l’espace central vouté d’arêtes, s’ouvre sur quatre absides englobées dans des massifs quadrangulaires. Le décor d’arcatures aveugles repose sur des colonnes de réemploi. On dénombre un total de 32 colonnes dont 8 de taille plus importante. Dans le sol se trouve l’emplacement, dans un mortier très ancien, de la cuve baptismale d’origine qui est octogonale.

Au même niveau que le sol de l’édifice, une petite crypte, située sous le chœur de l’église et datant du IVe siècle prouverait qu’une communauté religieuse s’est installée très tôt.

La base de tout évêché, dès le IVème/ Vème siècle, est représenté par une église-cathédrale où se trouve le siège de l’évêque, la cathèdre et un baptistère, dédié à Saint Jean-Baptiste.

A cette époque, il y a de nombreux catéchumènes et l’évêque célèbre le baptême des adultes par immersion deux fois par an, veilles de Pâques et de Pentecôte. Le mot baptême viendrait d’un verbe grec qui signifie « plonger, immerger ».

Le baptistère, bâti au VIème siècle peut-être sur les ruines d’un temple romain, a été remanié aux XI, XII, XIIIème siècles et restauré au XIXème siècle par les Monuments Historiques. Les chapiteaux présents dans l’abside ouest dateraient de l’époque mérovingienne. On trouve à l’abbaye de Montmajour, des chapiteaux similaires à ceux de Venasque.

Dans la voute de l’abside nord se trouvent l’emplacement des vases résonateurs en poterie fine pour améliorer l’acoustique. Cette  technique romaine, empruntée aux grecs, sera employée dans les églises jusqu’à la période gothique.

Prosper Mérimée, inspecteur des Monuments Historiques, découvrit l’édifice lors de son voyage dans le midi de la France, en 1834. Il sert alors de cave, son sol est en terre battue et il ne comporte aucune fenêtre. Restauré, il intègre la première liste des Monuments Historiques en 1840.

Les Tours

Extrait de « VENASQUE – Archéologie et Histoire »  - Groupe Archéologique de Carpentras et de sa région.

 « Les tours constituent le vestige le plus visible et le plus emblématique de l’Antiquité tardive. En avril 1995, le Service Départemental d’Archéologie du Vaucluse et le GACR ont réalisé des sondages sur la place publique  au pied des tours. »

Extrait du Texte de Dominique Carru décrivant les résultats de cette opération :

« Les remparts de Venasque forment une ligne défensive placée au sud de l’agglomération perchée et il barre l’éperon naturel de son côté le plus exposé. Depuis longtemps les historiens sont intrigués par l’architecture singulière de cette enceinte, en particulier par la forme de ses trois tours massives, très détachées des courtines. D’abord considérées comme gallo-romaines, ces murailles furent attribuées avec réserve au Moyen-Age (XIIe siècle).La tradition locale tranchait pour une datation sarrasine plus que légendaire mais qui traduisait l’ancienneté du monument. Le rempart est fondé sur le rocher.

Son soubassement formant glacis est conservé sur 1,5m d’élévation. Au-delà en hauteur, sur une moulure de pierre de taille, trois à huit assises de petit appareil irrégulier appartiennent à la phase de construction antique. L’enceinte médiévale se superpose exactement à ces murs selon une reconstruction fidèle du plan originel. »

« …ces sondages ont donc apporté des éléments précis de datation pour le rempart de Venasque dont l’origine doit être désormais placée durant le Bas Empire (IIIe – IVe siècles). Ils ont révélé l’existence d’une nécropole paléochrétienne et mis au jour des éléments architecturaux (d’une porte monumentale ?), dont l’étude s’annonce prometteuse. »

« En 2013, le GACR participa de nouveau à un sondage effectué par le même service d’archéologie, sur l’emplacement dit de la Maison des Tours. Là encore, nous avons découvert un tronçon d’enceinte datant de l’antiquité tardive, comportant des blocs de remploi, dont l’un comporte une moulure identique à celles que l’on trouve à la base des Tours. Ces blocs, « hâtivement agencés », se situent sur un axe nord-est/sud-ouest, et ne sont pas alignés sur les courtines encore visibles. Le mobilier retrouvé a permis de dater cette portion de mur des Ve-VIe siècles. Si les précédentes observations avaient permis de trouver des traces d’une enceinte protohistorique dans l’épaisseur des tours restées en élévation, nous avions ici une juxtaposition des trois murs d’époques différentes : protohistorique au nord, médiévale au sud, antique entre les deux.

Ainsi donc, du IVe au VIe siècle, Venasque fut dotée d’une nouvelle enceinte, qui barrait à nouveau (et de manière monumentale cette fois) l’éperon rocheux, au nord du fossé sec, doublant l’enceinte protohistorique. Il est possible que la première fonction de l’enceinte ait été plus symbolique que réellement défensive, et qu’ensuite il ait fallu la renforcer en divers points, ce qui expliquerait les différents remplois, ainsi que l’abandon partiel des éléments architectoniques abandonnés au sol, peu de temps après leur élévation initiale.

Il est difficile d’émettre une hypothèse sûre expliquant cette nouvelle fortification. De nombreux historiens ont vu là les effets des incursions barbares, mais rien ne l’assure de manière indiscutable.Il semble que l’époque de construction de cette muraille corresponde plus ou moins à la fin de l’occupation du vicus de Notre-Dame-de-Vie, illustrant possiblement un énième (et dernier) mouvement de la population entre le site perché et le vicus de la plaine. La nécropole située sur le galcis des tours, ainsi que les tombes rupestres trouvées à proximité, indiquent clairement une nouvelle occupation du village autour du Ve siècle.

 

Selon D. Carru, les 18 inscriptions et 5 autels retrouvés sur le site de Venasque laissent à penser que l’oppidum avait gardé, malgré son abandon par sa population, un caractère cultuel important, expliquant possiblement et partiellement ce retour. »

L'église paroissiale Notre-Dame

Une source historique nous éclaire sur la datation de l'église. En 1258, l'abbé de Montmajour fit un don à l'évêque de Carpentras pour qu'il reconstruise l'église de Venasque. Le terme de reconstruction induit donc un édifice antérieur. Cet édifice primitif a du être bâti au VIème siècle, peut-être sous l'épiscopat de Saint Siffrein, car nous savons que ce dernier fit bâtir à Venasque une église dédiée à Sainte-Marie.

L'église du XIIIème siècle fut ensuite remaniée aux XVIIème et XVIIIème siècles.

L'aspect extérieur : des volumes francs bien équilibrés et une silhouette caractéristique
donnée par la toiture de pierre. Les proportions de cette église, aux arêtes nettes, donnent une apparence massive et imposante à l'édifice.

Le monument est orienté, c'est-à-dire que son choeur est dirigé vers l'est. Cette disposition classique d'une église est ici marquée d'une particularité : l'abside n'est pas dans l'axe de la nef. Cette singularité, que certains ont voulu voir symbolique, car rappelant le visage penché du Christ sur la croix, est plutôt due à l'intégration de l'édifice primitif du VIème siècle qui a pu être conservé dans la nouvelle édification du XIIIème siècle.

Des bas-cotés jusqu'au sommet du clocher, les masses architecturales s'étagent élégamment en s'amenuisant. Le clocher, est surmonté d'une balustrade. Sa toiture, à quatre pans, est décorée de motifs de crochets courant le long des arêtes. Surgissant des angles du clocher, quatre gargouilles saillantes permettent de cracher les eaux de pluie à distance des murs. La toiture est faite de dalles de pierre. Ce choix de matériaux pour la couverture d'un édifice est assez courant dans le Comtat, riche en carrières de pierre. Les murs et les toitures sont harmonieusement unifiés à travers ce matériau commun.

Deux portes pour cette église, la principale de style roman du XIIIème siècle et la
seconde du XVIIIème siècle aux lignes influencées par le baroque.

Le portail principal est d'époque romane. Abritée sous un porche voûté en berceau, la porte est encadrée par quatre colonnettes engagées, réunies par un corps de moulures passant au dessus de la porte : l'archivolte.
Les chapiteaux des colonnettes sont ornés de feuillages stylisés. L'un d'eux figure un aigle, un autre, endommagé, un visage humain.

A l'inverse du portail roman en retrait de la façade principale, la porte d'accès côté sud semble, elle, venir à l'avant des fidèles. La maçonnerie forme, en effet, un arrondi en saillie par rapport au mur. C'est notamment ce mouvement ondulatoire qui rapproche cette porte du style baroque. Le fronton triangulaire surplombant l'entrée est orné d'une inscription entourée d'un motif de guirlande. Au sommet de la porte, une statuette de la Vierge est placée dans une niche. Sa gestuelle des bras croisés sur la poitrine exprime sa dévotion à la mission qui lui a été confiée. Placée au-dessus de la porte, la statue rappelle le vocable de l'église dédiée à Sainte-Marie.